Samedi 1 septembre 2007
Et bien oui, ça y est, je suis papa !
Je ne pensais vraiment pas que ce serait le cas aussi vite. A vrai dire, jusqu’à l’annonce de l’heureuse nouvelle, je me sentais en phase avec un certain Koala quant à la question de la paternité. Je percevais tout ça comme quelque chose de distant, de lointain.
Si j’avais du répondre à la question d’avoir un enfant en amont, je me serais simplement déclaré trop jeune ou pas prêt sans même me poser sérieusement la question.
Mais les choses ne se sont pas passées comme ça.
Souvenez-vous. Je rentre du travail un midi, la tête encore dans mes emmerdes du boulot et une seconde plus tard je suis le plus idiot des hommes devant une croix bleue sur un bâtonnet blanc.
De longues secondes se passent et je demande naïvement à la poupée : « mais ça veut dire que tu es enceinte ? ». A ce moment, la confirmation me fait l’effet de ce qu’on appelle communément la main de Dieu dans la gueule.
Je la serre dans mes bras. Elle est en larmes. Je ne réalise pas vraiment, ou devrais je dire, vraiment pas ce qui se passe. Tout ce que je sais c’est que ma chérie est triste et donc je la console.
Et puis très vite les questions fusent dans ma tête. Que faire ? Où en sommes-nous ? Je suis totalement désemparé, désorienté. Je nage méchamment dans la confusion.
Et puis elle me refile le bébé en me disant que de son côté les choses sont claires, qu’elle veut cet enfant et que c’est à moi de me déterminer. Je dois prendre une décision. Mais ce n’est pas ce que j’entends ou ce que je comprends. Pour moi ça veut dire que c’est à moi d’être le raisonnable des deux, que c’est à moi de prendre en considération les basses réalités matérielles, le manque de fric, les études qu’elle doit mener. Dans son esprit, tout semble avoir cédé devant son désir de maternité. On dirait presque qu’elle ne s’est pas posé de questions. Du coup, j’ai l’impression que c’est à moi qu’incombe le rôle du méchant puisqu’elle refuse de prendre ces réalités en compte. J’en souffre.
Elle est persuadée que ma réponse ne fait aucun doute. Je lui ai tellement répété que ce n’était pas le bon moment pour faire un enfant. Elle est certaine que je vais réclamer l’avortement.
Seulement elle se trompe. Elle fait des raccourcis. Elle simplifie. Une attitude bien humaine, commune à un grand nombre de personnes de mon entourage. C’est ce qui m’a fait m’enfermer dans une sorte de mutisme par la suite, mais j’y reviendrai.
Elle se trompe car ce qu’elle ne sait pas encore, c’est que l’avortement dit « de confort » est pour moi une véritable abomination, un crime, une idée insupportable. Mais bien au-delà de ça, elle se trompe car si je dis que ce n’est pas le bon moment pour faire un enfant, ça ne veut pas dire que je ne veux pas d’enfant. Ca ne veut pas dire que je ne veux pas être père. J’aimerais être heureux, mais je dois être raisonnable, être responsable.
Une après midi et une bonne dizaine de textos plus tard, le débat reprend. J’ai besoin d’être sûr qu’elle a bien réalisé tout ce que son choix implique. Elle a le sentiment que je ne vois que les aspects négatifs de ce qui nous arrive.
Depuis le début, je sais au fond de moi que je veux garder mon enfant mais je n’arrive pas encore à le dire. Je suis submergé par une foule d’émotions que j’aurais considérées comme contradictoires dans n’importe quelle autre circonstance. Je suis heureux, fier, amoureux. Mais j’ai affreusement peur et je suis angoissé dans le même temps.
Je crève d’envie de lui dire oui tout en me disant que ce que je m’apprête à faire est le summum de l’irresponsabilité.
J’appelle ma mère. Ma décision est prise et elle ne pourra plus l’influencer mais j’ai besoin de lui parler. Elle est très réservée. Elle est raisonnable. Elle dit ce que je n’osais pas dire. Elle soulève les problèmes à ma place. En fait, elle me soulage d’un gros fardeau.
A ce stade, il est évident que nos préjugés respectifs nous ont causé beaucoup de tort. Nous avons très mal communiqué et j’ai le sentiment que tout aurait pu être plus simple, plus facile. C’est une leçon qui devra nous servir par la suite.
Au bout d’une longue soirée de palabres, je finis enfin par lui dire que je veux moi aussi avoir cet enfant avec elle. Elle a du mal à y croire. Il faudra que je le lui confirme à nouveau le lendemain.
Ma mère et Cla nous ont conseillé de faire une liste du bon et du mauvais pour aider la prise de décision. Je n’ai pas pu m’y résoudre. Je ne veux pas avoir à dire à ma progéniture que j’ai fait son procès pour savoir si elle aurait le droit de vivre.
Armelle va donc à son RDV chez la gynéco pour lui faire part de notre décision. De mon côté, les journées sont longues au boulot. Les emmerdes se succèdent sans fin et j’attends les vacances avec impatience pour pouvoir me remettre de toutes ces émotions. Dans l’intervalle, j’essaye tant bien que mal de gérer tout ce qui me tombe dessus.
Poupée attend beaucoup de moi. Je le sais et c’est bien normal. Pourtant j’ai du mal à être partout. Les problèmes de taf, le déménagement et maintenant sa grossesse, ça commence à faire beaucoup pour ma pauvre cervelle. Du coup, elle ne me sent pas concerné. Elle angoisse. Elle commence à croire que j’ai pris ma décision pour d’obscures raisons mais pas par envie de paternité. Elle se trompe bien sûr, mais il faut dire que je ne l’aide pas trop à se rassurer.
Elle voudrait un champignon épanoui et attentionné. Un champignon qui la soutienne. Au lieu de ça, elle a un champignon plongé dans une sorte de mutisme, qui recherche une sorte de solitude qui n’est pas de circonstance, qui en quelque sorte, cache sa joie.
A vrai dire, le champignon en question est surtout fatigué. Il a aussi très peur, mais il ne dit rien. Il sait que tout ce qu’il dira et qui ne reflètera pas une totale euphorie sera perçu par sa chieuse comme autant de regrets de sa récente décision.
Il n’en est rien. Le champignon se dit qu’il aura prochainement une vie, un petit être fragile sous sa responsabilité. Le champignon sait qu’il n’est qu’un gamin de 27 ans. Il craint fort de mal faire, de ne pas être à la hauteur et ça le bouffe.
Le clash devait arriver et il arrive. Une nouvelle série de reproches dans la tronche. Je suis KO debout. On a du mal à se comprendre en ce moment. On est perturbés. Elle ne comprend pas que je ne sois pas plus avec elle. Je ne comprends pas qu’elle ne me laisse pas souffler.
Chaque reproche vient renforcer la crainte de ne pas être à la hauteur. C’en est trop. Le champignon craque et fond en larmes.
Sans vouloir faire ma victime et mon calimero, il est vrai que depuis le premier « De toute façon tu voudras pas le garder », je me suis tout le temps trouvé sur la défensive. Il suffit de voir le nombre de justifications essaimées tout au long de cet article. Ce n’est évidemment pas l’idéal. A nous de redresser la situation. Ca ne devrait pas être bien compliqué…
Je ne pensais vraiment pas que ce serait le cas aussi vite. A vrai dire, jusqu’à l’annonce de l’heureuse nouvelle, je me sentais en phase avec un certain Koala quant à la question de la paternité. Je percevais tout ça comme quelque chose de distant, de lointain.
Si j’avais du répondre à la question d’avoir un enfant en amont, je me serais simplement déclaré trop jeune ou pas prêt sans même me poser sérieusement la question.
Mais les choses ne se sont pas passées comme ça.
Souvenez-vous. Je rentre du travail un midi, la tête encore dans mes emmerdes du boulot et une seconde plus tard je suis le plus idiot des hommes devant une croix bleue sur un bâtonnet blanc.
De longues secondes se passent et je demande naïvement à la poupée : « mais ça veut dire que tu es enceinte ? ». A ce moment, la confirmation me fait l’effet de ce qu’on appelle communément la main de Dieu dans la gueule.
Je la serre dans mes bras. Elle est en larmes. Je ne réalise pas vraiment, ou devrais je dire, vraiment pas ce qui se passe. Tout ce que je sais c’est que ma chérie est triste et donc je la console.
Et puis très vite les questions fusent dans ma tête. Que faire ? Où en sommes-nous ? Je suis totalement désemparé, désorienté. Je nage méchamment dans la confusion.
Et puis elle me refile le bébé en me disant que de son côté les choses sont claires, qu’elle veut cet enfant et que c’est à moi de me déterminer. Je dois prendre une décision. Mais ce n’est pas ce que j’entends ou ce que je comprends. Pour moi ça veut dire que c’est à moi d’être le raisonnable des deux, que c’est à moi de prendre en considération les basses réalités matérielles, le manque de fric, les études qu’elle doit mener. Dans son esprit, tout semble avoir cédé devant son désir de maternité. On dirait presque qu’elle ne s’est pas posé de questions. Du coup, j’ai l’impression que c’est à moi qu’incombe le rôle du méchant puisqu’elle refuse de prendre ces réalités en compte. J’en souffre.
Elle est persuadée que ma réponse ne fait aucun doute. Je lui ai tellement répété que ce n’était pas le bon moment pour faire un enfant. Elle est certaine que je vais réclamer l’avortement.
Seulement elle se trompe. Elle fait des raccourcis. Elle simplifie. Une attitude bien humaine, commune à un grand nombre de personnes de mon entourage. C’est ce qui m’a fait m’enfermer dans une sorte de mutisme par la suite, mais j’y reviendrai.
Elle se trompe car ce qu’elle ne sait pas encore, c’est que l’avortement dit « de confort » est pour moi une véritable abomination, un crime, une idée insupportable. Mais bien au-delà de ça, elle se trompe car si je dis que ce n’est pas le bon moment pour faire un enfant, ça ne veut pas dire que je ne veux pas d’enfant. Ca ne veut pas dire que je ne veux pas être père. J’aimerais être heureux, mais je dois être raisonnable, être responsable.
Une après midi et une bonne dizaine de textos plus tard, le débat reprend. J’ai besoin d’être sûr qu’elle a bien réalisé tout ce que son choix implique. Elle a le sentiment que je ne vois que les aspects négatifs de ce qui nous arrive.
Depuis le début, je sais au fond de moi que je veux garder mon enfant mais je n’arrive pas encore à le dire. Je suis submergé par une foule d’émotions que j’aurais considérées comme contradictoires dans n’importe quelle autre circonstance. Je suis heureux, fier, amoureux. Mais j’ai affreusement peur et je suis angoissé dans le même temps.
Je crève d’envie de lui dire oui tout en me disant que ce que je m’apprête à faire est le summum de l’irresponsabilité.
J’appelle ma mère. Ma décision est prise et elle ne pourra plus l’influencer mais j’ai besoin de lui parler. Elle est très réservée. Elle est raisonnable. Elle dit ce que je n’osais pas dire. Elle soulève les problèmes à ma place. En fait, elle me soulage d’un gros fardeau.
A ce stade, il est évident que nos préjugés respectifs nous ont causé beaucoup de tort. Nous avons très mal communiqué et j’ai le sentiment que tout aurait pu être plus simple, plus facile. C’est une leçon qui devra nous servir par la suite.
Au bout d’une longue soirée de palabres, je finis enfin par lui dire que je veux moi aussi avoir cet enfant avec elle. Elle a du mal à y croire. Il faudra que je le lui confirme à nouveau le lendemain.
Ma mère et Cla nous ont conseillé de faire une liste du bon et du mauvais pour aider la prise de décision. Je n’ai pas pu m’y résoudre. Je ne veux pas avoir à dire à ma progéniture que j’ai fait son procès pour savoir si elle aurait le droit de vivre.
Armelle va donc à son RDV chez la gynéco pour lui faire part de notre décision. De mon côté, les journées sont longues au boulot. Les emmerdes se succèdent sans fin et j’attends les vacances avec impatience pour pouvoir me remettre de toutes ces émotions. Dans l’intervalle, j’essaye tant bien que mal de gérer tout ce qui me tombe dessus.
Poupée attend beaucoup de moi. Je le sais et c’est bien normal. Pourtant j’ai du mal à être partout. Les problèmes de taf, le déménagement et maintenant sa grossesse, ça commence à faire beaucoup pour ma pauvre cervelle. Du coup, elle ne me sent pas concerné. Elle angoisse. Elle commence à croire que j’ai pris ma décision pour d’obscures raisons mais pas par envie de paternité. Elle se trompe bien sûr, mais il faut dire que je ne l’aide pas trop à se rassurer.
Elle voudrait un champignon épanoui et attentionné. Un champignon qui la soutienne. Au lieu de ça, elle a un champignon plongé dans une sorte de mutisme, qui recherche une sorte de solitude qui n’est pas de circonstance, qui en quelque sorte, cache sa joie.
A vrai dire, le champignon en question est surtout fatigué. Il a aussi très peur, mais il ne dit rien. Il sait que tout ce qu’il dira et qui ne reflètera pas une totale euphorie sera perçu par sa chieuse comme autant de regrets de sa récente décision.
Il n’en est rien. Le champignon se dit qu’il aura prochainement une vie, un petit être fragile sous sa responsabilité. Le champignon sait qu’il n’est qu’un gamin de 27 ans. Il craint fort de mal faire, de ne pas être à la hauteur et ça le bouffe.
Le clash devait arriver et il arrive. Une nouvelle série de reproches dans la tronche. Je suis KO debout. On a du mal à se comprendre en ce moment. On est perturbés. Elle ne comprend pas que je ne sois pas plus avec elle. Je ne comprends pas qu’elle ne me laisse pas souffler.
Chaque reproche vient renforcer la crainte de ne pas être à la hauteur. C’en est trop. Le champignon craque et fond en larmes.
Sans vouloir faire ma victime et mon calimero, il est vrai que depuis le premier « De toute façon tu voudras pas le garder », je me suis tout le temps trouvé sur la défensive. Il suffit de voir le nombre de justifications essaimées tout au long de cet article. Ce n’est évidemment pas l’idéal. A nous de redresser la situation. Ca ne devrait pas être bien compliqué…
par Christophe
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La Nouvelle
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