Cela faisait 3 semaines qu’Armelle me tannait avec son besoin de reconnaissance.
Non pas qu’elle ressente la nécessité qu’on admette ses mérites…non…en fait il fallait absolument que nous reconnaissions Amalia avant sa naissance.
Je précise à l’attention de l’aimable assistance que l’unique intérêt de la reconnaissance anticipée est d’affirmer la filiation pour le cas où je ne serais plus en mesure de le faire au moment de la naissance, étant par exemple passé sous un train ou ayant succombé à une crise cardiaque à la manière du regretté Thierry Gilardi…Snif, paix à son âme.
Dès l’origine donc, notre démarche était empreinte d’un caractère morbide qui ne se démentira pas jusqu’à la fin.
Nous voilà donc partis pour la Mairie de Talence, celle de Bègles ayant choisi d’éviter les critiques en n’étant jamais ouverte.
Arrivée à l’hôtel de ville, on nous fait assoir un moment dans un coin exigu entre 3 bureaux. A l’un de ces bureaux, celle que nous nommeront Josiane pour les besoins du dossier est très occupée à rien glander.
Voyant que ses collègues ne sont pas partis pour se libérer rapidement, elle nous propose d’aller nous installer dans un bureau voisin pour faire les papiers.
Nous nous prenons donc place dans le local dédié aux macchabés de la ville de Talence. Sur le bureau trônent pêle-mêle le registre des décès, une demande d’ouverture de caveau et je ne sais quels autres documents extrêmement engageants.
Josiane arrive peu après, complètement à côté de ses pompes. Cela dit, mettre ses pompes correctement aurait certainement vandalisé ses ongles méticuleusement manucurés donc on la comprend.
Elle récupère nos pièces d’identité, vérifie que Armelle Marie Christiane n’est pas un seul et unique prénom (après tout on sait jamais), nous demande de confirmer que Jean-Jacques (ca c’est pour le nom de notre rue) est bien un prénom composé…bref, elle est très appliquée.
Vient alors le moment d’imprimer le futur document définitif pour nous permettre de le vérifier avant qu’il ne parte rejoindre le registre de l’état civil. Et là, c’est le drame !!
Josiane n’est pas très à l’aise avec les nouvelles technologies.
Elle part donc pour nous faire un mauvais remake de la vieille pub d’IBM « ça imprime pas ». Rien à faire, Josiane ne sait pas sur quelle imprimante son document va sortir. Face à un problème aussi aigu, il n’y a qu’une seule solution. N’écoutant que son courage Josiane appelle donc à la rescousse son collègue Albert qui, certainement grâce à ses lunettes et à ses 15 ans de moins, maîtrise quand même vachement plus les arcanes de l’informatique.
Ayant réussi le prodige de retrouver son papier tout en passant pour une buse aux yeux d’une Armelle médusée, Josiane nous tend notre futur extrait d’acte de jesaispasquoi, et nous demande accord sur le devis pour faire le vrai.
Nous validons comme le bon couple uni que nous formons et arrive ainsi le grand moment, celui de l’impression définitive sur le joli papier officiel qui va bien.
« Albeeeeeeeeerrrtttttt !!!!!!!!! »
Rebelote, on y retourne. Mon Dieu comment qu’on fait pour choisir son imprimante. Josiane nous explique en espérant sûrement être très convaincante qu’elle n’est pas sur son ordinateur habituel et que ça lui complique sérieusement l’existence.
Elle s’absente donc 5 bonnes minutes pour se pencher avec Albert sur cette question ô combien épineuse.
La poupée choisit cet instant pour lâcher tout son fiel sur cette pauvre Josiane, pendant que je lorgne amoureusement sur le tampon officiel de la mairie en rêvant à tous les faux que je pourrais faire avec.
Notre chère Josiane revient triomphante et les oreilles encore sifflantes pour mettre un terme à notre calvaire et nous faire signer l’acte de reconnaissance anticipé de la petite Amalia, à qui il faudrait bien qu’on raconte un jour cet épisode.
La petite dernière pour la route :
En sortant de la Mairie, nous passons devant la guichetière en devisant :
Armelle : « Bon, ça c’est réglé, il ne reste plus qu’à accoucher »,
Christophe : « Oui c’est certain, le plus dur est fait ».
Voir la tronche de la guichetière à ce moment là valait déjà le déplacement !
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