Jeudi 8 mai 2008
Le 02 Mai 2008
02h15 : de retour à Bagatelle. Tout compte fait, je ne pense pas que ce soit la poche des eaux car les saignements se sont arrêtés. Je commence sérieusement à avoir mal, je sautille, je tourne en rond, je me courbe, me mets sur la pointe des pieds pendant les contractions.
On arrive donc dans la salle d'attente, accueillis par des cris, des hurlements de douleur... j'espère que c'est une femme qui a choisi d'accoucher sans péridurale et que c'est pour ça qu'elle souffre. La sage femme qui vient m'examiner peu de temps après me confirme qu'elle n'a pas d'anesthésie. Je suis maintenant persuadée de vouloir la péridurale... plus aucun doute... surtout que les contractions de mon côté frôlent l'insupportable.
La sage femme nous amène dans une chambre de "pré-accouchement" je commence à comprendre que c'est vraiment pour maintenant, j'ai peur mais je me concentre sur les contractions qui ne me laissent, à vrai dire, pas vraiment le loisir de penser à autre chose.
Je suis nue sous une chemise bleue foncée, je pense à ma pauvre petite fille qui verra sûrement sa mère pleine de mascara car je suis encore maquillée. Me suis dit que ça ferait mieux sur les photos. Hum. Oui je sais c'est vraiment une idée digne d'une fille superficielle. Bref.
La sage femme me pose une perfusion, je remarque qu'elle est mariée, je me demande si elle est déjà passée par là, si elle a déjà des enfants.
Se faire perfuser, c'est douloureux, surtout pendant une contraction. La douleur de l'une rend plus intense celle de l'autre. Elle m'annonce que les femmes de ménages préparent la salle d'accouchement et qu'elle m'y emmènera quand elle sera propre. Je commence à avoir vraiment peur en pensant à ce qui m'attend. Les contractions ne me font pas peur, c'est l'expulsion que je redoute, je ne sais pas pourquoi. J'ai peur d'avoir une déchirure, une épisiotomie, qu'elle se présente mal, j'ai peur de la césarienne. Je me dis que j'avance vers ça, que c'est à sens unique, je ne peux plus reculer. Je pense aussi à ma fille, ma fille qui est comme toujours à fond... elle se fout des contractions, elle gigote toujours autant, elle n'a pas l'air de les sentir. Pourtant je sais qu'elle est de plus en plus comprimée. Je me dis alors qu'elle doit être assez petite, qu'elle se sent seulement effleurée alors que moi je souffre le martyre.
Ca me rassure de voir qu'elle va bien, j'ai hâte de l'avoir dans mes bras.
Malgré tout, je me dis que je gère quand même bien car je réussis à m'ouvrir jusqu'à 5cm. Et c'est encore tenable.
3h13 : on nous amène dans la salle d'accouchement. Je marche, en poussant la perf et en m'arrêtant pendant les contractions. Ca me fait du bien de marcher, je n'ai pas envie de la péri de suite pour pouvoir bouger comme je le souhaite. En même temps, je suis déjà ouverte à 5.5, si j'attends plus, je risque de la rater et ça, ça ne me plaît guère.
3h45 : le grand saut, l'anesthésiste entre en action. La sage femme me pose un brassard relié à une machine pour prendre ma tension automatiquement. Je me ferai broyer inlassablement le bras tout au long de la nuit. Chaque 5 minutes d'abord, puis toutes les demi heures après avoir poussé une gueulante.
Je suis assise le dos courbé au bord du lit et Champi est en face de moi et me donne les mains. Je me détends entre deux contractions et je redoute le moment. Le docteur me fait d'abord une piqûre pour endormir mon dos, puis sort la grosse aiguille que je n'ose regarder. Je préviens que je vais avoir une contraction... elle pique. J'en ai les larmes aux yeux. Il me semblait pourtant que sur les forums j'avais lu que ça ne faisait pas mal... tu parles ! Elle s'embête ensuite avec un pansement qui ne veux pas coller. Je me dis que c'est à cause de la suée que je viens d'avoir due à la douleur de son putain d'acte. Je la hais mais je ressens déjà moins les contractions. De ma meilleure ennemie elle se transforme en la personne la plus aimée sur le moment. Ca ne durera pas.
La dose salvatrice fait donc son effet, je me sens mieux, je ne sens plus rien... on attend que ça se passe du coup et je demande même à Champi d'aller chercher les bouquins.
4h25 : On commence à lire mais on se rend vite compte que c'est pas possible de se concentrer sur un livre dans un moment pareil. Enfin, c'est mon cas. Je pense que Champi, lui, commence à fatiguer, il essaye de se réveiller en allant chercher un café, puis il va f aire une micro sieste dans ma chambre... Il ne se passe rien.
4h40 : on range donc les bouquins.
Les heures qui suivent sont un peu floues... je commence à ressentir à nouveau les contractions, enfin ça pique un peu au niveau du col. Je m'injecte donc une dose de produit. Et là, mes jambes commencent à me démanger, puis les bras, puis le dos, le buste, je suis pleine de tuyaux, j'en ai marre. Ca gratte, ça devient insupportable. J'en pleure, je désespère, je n'ai pas mal mais je me sens au bord de l'évanouissement à cause des démangeaisons. Je demande à kris de me masser, frotter les jambes. Ca passe un peu, ça redevient supportable, mais les contractions se font ressentir à nouveau, je me réinjecte donc une dose, ce qui me replonge dans l'enfer des démangeaisons. Je pense à une réaction allergique, mais la sage femme dit juste que ça arrive. Je vais péter un câble, faut qu'elle arrive maintenant, je ne tiendrai jamais. Je me sens partir.

Pour faire avancer le travail, la sage femme me propose de percer la poche des eaux. Je n'aime pas car ce n'est pas naturel. Moi qui voulais un accouchement le moins médicalisé possible c'est raté. Elle prend donc une longue baguette avec un crochet au bout, et va gratouiller la poche qui se perce. Un liquide tout chaud me coule entre les cuisses, je me dis que ma puce n'est plus protégée, je me dis qu'elle va commencer à avoir froid car elle était maintenue au chaud dans ce ballon rempli. Il faut que ça avance ya pas moyen.
Vers 6h00 peut être, je me dis que le travail à bien du avancer grâce à la péridurale qui m'a fait me relâcher et à mes rotations du bassins et autres déhanchements bizarres.
Résultat du toucher : ouverte à 5.5. Rien n'a avancé. C'est une catastrophe, je sens que je ne vais pas tenir plus longtemps avec ces démangeaisons, et puis j'ai peur de la césarienne. D'ailleurs quand les sages femmes sont venues pour constater que ça n'avançait pas, l'une a demandé à l'autre si il y avait une césarienne de programmée aujourd'hui. J'ai commencé à paniquer, en cherchant le regard de Champi qui je le sais pensé à la même chose. Si le travail n'avance pas, on m'ouvrira.
La sage femme me fait donc une perf d'ocytocine pour faire avancer les choses. Je me sens de plus en plus mal, je suis épuisée, je n'en peux plus, j'ai envie de dormir, de tomber dans le coma pour ne plus vivre ce qui m'arrive.
Un bip retentit. C'est la péridurale, il n'y en a plus. Je panique. J'ai fini la seringue. Je n'y ai plus droit ? Vont-ils la remplacer ? J'ai peur. Ils en remettrons peu de temps après. Ouf.
8h00 : rien. Ca n'a pas bougé. Je suis à 6. C'est une catastrophe, je veux mourir, m'arracher la peau. J'ai peur, je vois que son coeur va bien, je suis rassurée, pourtant ma tension chute à plusieurs reprises. Je tiens pour elle, car si je n'effondre, elle aussi. Et puis Kris et là, je cherche son regard, son contact, pour tenir. Je lui demande de me parler, c'est affreux, j'ai besoin d'aide, je n'y arriverai pas. Pas seule. Mais c'est mon accouchement, c'est comme quand on va aux toilettes, on ne peut envoyer personne à sa place. Je veux voir ma fille, notre Amalia, je me dis que je n'aurais jamais dû mettre la péri qui a tout foutu en l'air. Je veux recommencer de zéro. Je suis dans une impasse.
La sage femme vient peu de temps après et me propose une perf (encore) de magnésium. Je dis oui, je ne peux plus reculer. Les démangeaisons vont me tuer. Je désespère.
Elle me dit que je peux dormir, qu'on me surveille. Pour me détendre, c'est le mieux. Je leur fais confiance et je n'en peux tellement plus que je sombre un quart d'heure, réveillée par la machine qui bip que ma tension est trop basse.
8h41 : La sage femme arrive pour voir où j'en suis. Je lui dis que j'ai envie d'aller à la selle. Je crois que c'est bon signe. Elle me regarde avec le sourire et me dit que la dilatation est complète, qu'il faut que je me prépare à pousser. Que je me prépare psychologiquement... physiquement, je ne peux plus rien faire. Le moral revient un peu pour laisser place à une peur panique. On y est.
Je lui demande si je peux toucher, elle me donne des gants. Elle me demande de l'appeler quand les lèvres s'ouvrent. Je touche. Je sens quelque chose de bizarre. C'est fripé, mou et dur à la fois, il me semble qu'il y a des cheveux. Oui c'est bien ça. Je sens la peur m'envahir et la joie à la fois de toucher enfin ma fille sans barrière. Je regarde la sage femme qui s'apprête à partir et lui demande si c'est sa tête, elle me confirme que oui.
Elle revient préparer la table chauffée pour Amalia. Ca y est. On y est.
On attend. Champi se reprend et est tout excité. il sait aussi que je suis à bout et se demande comment je vais pouvoir pousser. Je pleure. Je n'en peux plus, je commence à avoir mal en bas. je n'ai plus de force. Je demande si c'est normal, on me répond que la péridurale fonctionne sur les contractions, mais que je vais sentir mon bébé pousser pour ouvrir les lèvres et sortir. Je demande si je vais avoir mal, elle me répond que je vais le sentir, mais qu'avec la péri ça devrait bien se passer. Je n'arrête pas de toucher la tête de ma fille, elle doit se demander ce qui se passe. Son coeur a toujours un bon rythme, elle va bien. Moi je commence vraiment à avoir mal, j'ai envie de pousser mais je sais qu'il ne faut pas encore, qu'il faut qu'elle descende le plus possible.

10h15 : Des sages femmes arrivent, elles m'examinent et disent qu'il va falloir y aller. Elles s'aperçoivent que la perfusion est bouchée et qu'il va donc falloir intervenir. La solution au problème consiste à brancher une seringue pleine d'un liquide indéterminé au milieu du réseau de tuyaux qui me sont accrochés à la main, et à injecter violemment ce liquide de manière à déboucher le tube. Inutile de préciser que le liquide en question atterrit au final dans mes veines en provoquant une douleur des plus aigües.
Je dois m'installer sur le dos, ce qui m'a déjà fait vomir trois fois. Je ne supporte pas, je vais tomber dans les pommes, je n'ai plus de souffle et je n'ai pas encore commencé le vrai boulot. J'ai peur, je cherche Champi, je n'ai pas besoin de parler, il vient à mes côtés, me demande s'il peut filmer. J'ai tellement peur qu'il ne soit pas à côté de moi que je dis que non. On sort les étriers. J'ai ma jambe gauche paralysée à cause de la péri. je ne peux pas la bouger. On me la porte jusqu'à l'étrier. Je suis en position, je vais vomir, je me redresse, je ne peux pas. Je me reprends, je me recouche et me décolle légèrement du lit en tirant sur les poignées qui vont m'aider à pousser.
On attend une contraction. J'ai mal. On me demande de pousser, je pousse mais j'ai l'impression que je vais me déchirer. C'est horrible d'être obligée de s'auto torturer. Puis je pense à ma fille, elle n'est pas loin, j'ai tout mon temps car son coeur bat, ma tension est pas trop mal.
On me passe une sonde pour me vider la vessie. Ca fait très mal. Trop. Le tuyau me paraît énorme.
Autre contraction, on y retourne, je pousse cette fois plus fort, on me dit que c'est bien, mais que je dois pousser 3 fois sur une contraction. J'arrive à peine à pousser une fois tellement j'ai mal. J'ai l'impression de devoir faire sortir une boule de bowling. C'est horrible. Je me dis que je ne pourrai plus jamais faire l'amour, que je vais avoir une plaie à vie. Je ne suis pas au bout de mes surprises. Autre contraction. Je repousse. Une fois, Deux fois... stop, je ne peux plus, j'en suis arrivée à une phase ou la tête est avancée et ne peut plus reculer. Elle est bloquée en plein milieu en m'arrachant la chair. Je tourne de l'oeil. J'ai mal. Je vais m'évanouir de douleur. Je demande à toucher. La tête est là. Elle a des cheveux cette fois j'en suis sûre. Aura-t-elle les cheveux de son père ou les miens ? Pour le savoir je pousse. Encore et encore. Les sages femmes me disent qu'elle vont me faire une anesthésie locale. Puis je sens un truc froid et je sais ce que c'est. Quand je m'en rend compte c'est trop tard. Je hurle, intérieurement car je n'ai même plus la force d'émettre un seul son. Le coup de ciseaux tant redouté. Je ne veux plus être là. Je ne peux plus. Je pousse pourtant, me disant que maintenant ça va passer, ya pas de doute. Je sens la tête passer peu de temps après, on me dit d'arrêter de pousser, les épaules sont là, je crois qu'elle est menue. On me demande de l'attraper, ce que je fais dans un dernier effort.
Il est 10h47. Amalia est pondue.
Je sens que je saigne. Ou alors c'est le liquide ? Je demande, on me dis que je saigne un peu. J'ai alors ma fille dans les bras. Je me sens envahie d'une vague immense d'amour, je l'embrasse, je pleure. Champi est là, il filme ce moment. On est heureux. Elle est belle, je ne vois que ses yeux plongés dans les miens. Ce regard intense qui en dit long. Je l'aime déjà. Pendant que je l'ai dans mes bras, on me fait une révision utérine, ce qui n'a rien d'agréable. Rien. Ca fait même très mal mais je me plonge dans le regard de ce petit être à qui je viens de donner la vie. Et la douleur se fait moins forte. Je vois qu'on s'affole à l'autre bout du lit.
On me prend ma petite pour lui faire les premiers soins. Champi suit. Je me sens alors seule avec ma douleur. Je ne peux pas voir ma fille, mon homme ne me regarde plus. J'ai pourtant besoin d'eux, je souffre encore.
On m'appuie sur le ventre, on me sort le placenta qui ne veut pas se décrocher. Je demande ce qui me coule entre les jambes, on ne me répond pas. Pourtant je vois dans leurs regards que ça n'a rien de bon. Elles appellent un autre docteur. Quand elle arrive, en courant, l'une des sages femmes dit que c'est bon, qu'elle y est arrivé. Apparemment le placenta ne voulait vraiment pas venir. Je saigne toujours. La pièce tourne. J'ai des papillons devant les yeux. Je dois tenir bon, je ne veux pas être séparée d'eux. On me met une perf, car je fais une hémorragie. Tout rentre dans l'ordre. Vient alors un long moment de douleurs aussi fortes que pendant la poussée. 30 minutes pour me recoudre, je ne sais combien de points, c'est beaucoup, c'est trop. je ne pourrai plus jamais rien faire, je ne pourrai plus aller à la selle, uriner, faire l'amour, me raser. j'ai perdu mon intimité la plus profonde, celle qui me fait un mal de chien, je pleure. Qu'on en finisse, je n'en peux plus.
Dernier acte barbare, mais nécessaire : on me fait un toucher rectal, pour voir si les points n'ont pas transpercé. Je me dis que tout est fini, que je n'ai plus de vagin ni d'anus.
Une fois terminé, On me ramène ma fille. Puis on m'amène dans ma chambre. J'ai encore mal, mal d'avoir été déchirée, torturée. Ma chérie cherche le sein, c'est incroyable à voir. Pourtant on la fait attendre deux heures avant de m'autoriser à lui donner le sein à cause des médocs pour l'hémorragie.
Je me sens groggy, mais heureuse. Mon père va bientôt arriver. Déjà. Je me dis que c'est mon dernier enfant. Enfant tellement calme sereine, pour l'instant. Je l'aime tellement. Elle a de beaux cheveux. Très clairs. Des reflets roux. Elle est belle. Elle est si éveillée. Tant mieux.
De mon côté la péridurale ne fait plus effet, ni aucun autre anesthésiant. les douleurs reviennent donc. Quelqu'un vient nous dire que mon père est là. Champi dit qu'il va l'accueillir et amener mes affaires dans ma vraie chambre. Il demande s'il peut prendre la petite. On lui dit que non. Mon amour reste avec moi. J'ai l'impression qu'il ne comprend pas qu'on a besoin encore l'une de l'autre, j'ai l'impression que pour lui l'accouchement est fini alors qu'il va mettre des mois, des années à se finir tellement j'ai souffert, et tellement on est attachées l'une à l'autre. Je comprends qu'il soit fier et veuille la montrer à mon père, l'avoir dans les bras. Il l'aime déjà. Mais et moi ? moi je souffre encore, j'ai encore besoin de lui. pourtant il part et me laisse seule avec mon repas que je n'arrive pas à prendre. J'ai mal et je suis couchée, un plateau quasi au dessus de la tête. C'est du riz. j'ai faim mais prendre du riz sur une fourchette et l'amener à sa bouche si lointaine en étant à l'horizontale, c'est impossible. je ne ferai pas cet effort. Je laisse tomber.
On m'amène dans la chambre, je me sens perdue. Mais j'ai ma fille, c'est tout ce qui compte. Les femmes qui me font rouler (j'ai un lit avec roulettes) se cognent dans tous les murs, j'ai l'impression que les points vont sauter à chaque fois.
J'arrive dans la chambre. Il est 14h00.
02h15 : de retour à Bagatelle. Tout compte fait, je ne pense pas que ce soit la poche des eaux car les saignements se sont arrêtés. Je commence sérieusement à avoir mal, je sautille, je tourne en rond, je me courbe, me mets sur la pointe des pieds pendant les contractions.
On arrive donc dans la salle d'attente, accueillis par des cris, des hurlements de douleur... j'espère que c'est une femme qui a choisi d'accoucher sans péridurale et que c'est pour ça qu'elle souffre. La sage femme qui vient m'examiner peu de temps après me confirme qu'elle n'a pas d'anesthésie. Je suis maintenant persuadée de vouloir la péridurale... plus aucun doute... surtout que les contractions de mon côté frôlent l'insupportable.
La sage femme nous amène dans une chambre de "pré-accouchement" je commence à comprendre que c'est vraiment pour maintenant, j'ai peur mais je me concentre sur les contractions qui ne me laissent, à vrai dire, pas vraiment le loisir de penser à autre chose.
Je suis nue sous une chemise bleue foncée, je pense à ma pauvre petite fille qui verra sûrement sa mère pleine de mascara car je suis encore maquillée. Me suis dit que ça ferait mieux sur les photos. Hum. Oui je sais c'est vraiment une idée digne d'une fille superficielle. Bref.
La sage femme me pose une perfusion, je remarque qu'elle est mariée, je me demande si elle est déjà passée par là, si elle a déjà des enfants.
Se faire perfuser, c'est douloureux, surtout pendant une contraction. La douleur de l'une rend plus intense celle de l'autre. Elle m'annonce que les femmes de ménages préparent la salle d'accouchement et qu'elle m'y emmènera quand elle sera propre. Je commence à avoir vraiment peur en pensant à ce qui m'attend. Les contractions ne me font pas peur, c'est l'expulsion que je redoute, je ne sais pas pourquoi. J'ai peur d'avoir une déchirure, une épisiotomie, qu'elle se présente mal, j'ai peur de la césarienne. Je me dis que j'avance vers ça, que c'est à sens unique, je ne peux plus reculer. Je pense aussi à ma fille, ma fille qui est comme toujours à fond... elle se fout des contractions, elle gigote toujours autant, elle n'a pas l'air de les sentir. Pourtant je sais qu'elle est de plus en plus comprimée. Je me dis alors qu'elle doit être assez petite, qu'elle se sent seulement effleurée alors que moi je souffre le martyre.
Ca me rassure de voir qu'elle va bien, j'ai hâte de l'avoir dans mes bras.
Malgré tout, je me dis que je gère quand même bien car je réussis à m'ouvrir jusqu'à 5cm. Et c'est encore tenable.
3h13 : on nous amène dans la salle d'accouchement. Je marche, en poussant la perf et en m'arrêtant pendant les contractions. Ca me fait du bien de marcher, je n'ai pas envie de la péri de suite pour pouvoir bouger comme je le souhaite. En même temps, je suis déjà ouverte à 5.5, si j'attends plus, je risque de la rater et ça, ça ne me plaît guère.
3h45 : le grand saut, l'anesthésiste entre en action. La sage femme me pose un brassard relié à une machine pour prendre ma tension automatiquement. Je me ferai broyer inlassablement le bras tout au long de la nuit. Chaque 5 minutes d'abord, puis toutes les demi heures après avoir poussé une gueulante.
Je suis assise le dos courbé au bord du lit et Champi est en face de moi et me donne les mains. Je me détends entre deux contractions et je redoute le moment. Le docteur me fait d'abord une piqûre pour endormir mon dos, puis sort la grosse aiguille que je n'ose regarder. Je préviens que je vais avoir une contraction... elle pique. J'en ai les larmes aux yeux. Il me semblait pourtant que sur les forums j'avais lu que ça ne faisait pas mal... tu parles ! Elle s'embête ensuite avec un pansement qui ne veux pas coller. Je me dis que c'est à cause de la suée que je viens d'avoir due à la douleur de son putain d'acte. Je la hais mais je ressens déjà moins les contractions. De ma meilleure ennemie elle se transforme en la personne la plus aimée sur le moment. Ca ne durera pas.
La dose salvatrice fait donc son effet, je me sens mieux, je ne sens plus rien... on attend que ça se passe du coup et je demande même à Champi d'aller chercher les bouquins.
4h25 : On commence à lire mais on se rend vite compte que c'est pas possible de se concentrer sur un livre dans un moment pareil. Enfin, c'est mon cas. Je pense que Champi, lui, commence à fatiguer, il essaye de se réveiller en allant chercher un café, puis il va f aire une micro sieste dans ma chambre... Il ne se passe rien.
4h40 : on range donc les bouquins.
Les heures qui suivent sont un peu floues... je commence à ressentir à nouveau les contractions, enfin ça pique un peu au niveau du col. Je m'injecte donc une dose de produit. Et là, mes jambes commencent à me démanger, puis les bras, puis le dos, le buste, je suis pleine de tuyaux, j'en ai marre. Ca gratte, ça devient insupportable. J'en pleure, je désespère, je n'ai pas mal mais je me sens au bord de l'évanouissement à cause des démangeaisons. Je demande à kris de me masser, frotter les jambes. Ca passe un peu, ça redevient supportable, mais les contractions se font ressentir à nouveau, je me réinjecte donc une dose, ce qui me replonge dans l'enfer des démangeaisons. Je pense à une réaction allergique, mais la sage femme dit juste que ça arrive. Je vais péter un câble, faut qu'elle arrive maintenant, je ne tiendrai jamais. Je me sens partir.
Pour faire avancer le travail, la sage femme me propose de percer la poche des eaux. Je n'aime pas car ce n'est pas naturel. Moi qui voulais un accouchement le moins médicalisé possible c'est raté. Elle prend donc une longue baguette avec un crochet au bout, et va gratouiller la poche qui se perce. Un liquide tout chaud me coule entre les cuisses, je me dis que ma puce n'est plus protégée, je me dis qu'elle va commencer à avoir froid car elle était maintenue au chaud dans ce ballon rempli. Il faut que ça avance ya pas moyen.
Vers 6h00 peut être, je me dis que le travail à bien du avancer grâce à la péridurale qui m'a fait me relâcher et à mes rotations du bassins et autres déhanchements bizarres.
Résultat du toucher : ouverte à 5.5. Rien n'a avancé. C'est une catastrophe, je sens que je ne vais pas tenir plus longtemps avec ces démangeaisons, et puis j'ai peur de la césarienne. D'ailleurs quand les sages femmes sont venues pour constater que ça n'avançait pas, l'une a demandé à l'autre si il y avait une césarienne de programmée aujourd'hui. J'ai commencé à paniquer, en cherchant le regard de Champi qui je le sais pensé à la même chose. Si le travail n'avance pas, on m'ouvrira.
La sage femme me fait donc une perf d'ocytocine pour faire avancer les choses. Je me sens de plus en plus mal, je suis épuisée, je n'en peux plus, j'ai envie de dormir, de tomber dans le coma pour ne plus vivre ce qui m'arrive.
Un bip retentit. C'est la péridurale, il n'y en a plus. Je panique. J'ai fini la seringue. Je n'y ai plus droit ? Vont-ils la remplacer ? J'ai peur. Ils en remettrons peu de temps après. Ouf.
8h00 : rien. Ca n'a pas bougé. Je suis à 6. C'est une catastrophe, je veux mourir, m'arracher la peau. J'ai peur, je vois que son coeur va bien, je suis rassurée, pourtant ma tension chute à plusieurs reprises. Je tiens pour elle, car si je n'effondre, elle aussi. Et puis Kris et là, je cherche son regard, son contact, pour tenir. Je lui demande de me parler, c'est affreux, j'ai besoin d'aide, je n'y arriverai pas. Pas seule. Mais c'est mon accouchement, c'est comme quand on va aux toilettes, on ne peut envoyer personne à sa place. Je veux voir ma fille, notre Amalia, je me dis que je n'aurais jamais dû mettre la péri qui a tout foutu en l'air. Je veux recommencer de zéro. Je suis dans une impasse.
La sage femme vient peu de temps après et me propose une perf (encore) de magnésium. Je dis oui, je ne peux plus reculer. Les démangeaisons vont me tuer. Je désespère.
Elle me dit que je peux dormir, qu'on me surveille. Pour me détendre, c'est le mieux. Je leur fais confiance et je n'en peux tellement plus que je sombre un quart d'heure, réveillée par la machine qui bip que ma tension est trop basse.
8h41 : La sage femme arrive pour voir où j'en suis. Je lui dis que j'ai envie d'aller à la selle. Je crois que c'est bon signe. Elle me regarde avec le sourire et me dit que la dilatation est complète, qu'il faut que je me prépare à pousser. Que je me prépare psychologiquement... physiquement, je ne peux plus rien faire. Le moral revient un peu pour laisser place à une peur panique. On y est.
Je lui demande si je peux toucher, elle me donne des gants. Elle me demande de l'appeler quand les lèvres s'ouvrent. Je touche. Je sens quelque chose de bizarre. C'est fripé, mou et dur à la fois, il me semble qu'il y a des cheveux. Oui c'est bien ça. Je sens la peur m'envahir et la joie à la fois de toucher enfin ma fille sans barrière. Je regarde la sage femme qui s'apprête à partir et lui demande si c'est sa tête, elle me confirme que oui.
Elle revient préparer la table chauffée pour Amalia. Ca y est. On y est.
On attend. Champi se reprend et est tout excité. il sait aussi que je suis à bout et se demande comment je vais pouvoir pousser. Je pleure. Je n'en peux plus, je commence à avoir mal en bas. je n'ai plus de force. Je demande si c'est normal, on me répond que la péridurale fonctionne sur les contractions, mais que je vais sentir mon bébé pousser pour ouvrir les lèvres et sortir. Je demande si je vais avoir mal, elle me répond que je vais le sentir, mais qu'avec la péri ça devrait bien se passer. Je n'arrête pas de toucher la tête de ma fille, elle doit se demander ce qui se passe. Son coeur a toujours un bon rythme, elle va bien. Moi je commence vraiment à avoir mal, j'ai envie de pousser mais je sais qu'il ne faut pas encore, qu'il faut qu'elle descende le plus possible.
10h15 : Des sages femmes arrivent, elles m'examinent et disent qu'il va falloir y aller. Elles s'aperçoivent que la perfusion est bouchée et qu'il va donc falloir intervenir. La solution au problème consiste à brancher une seringue pleine d'un liquide indéterminé au milieu du réseau de tuyaux qui me sont accrochés à la main, et à injecter violemment ce liquide de manière à déboucher le tube. Inutile de préciser que le liquide en question atterrit au final dans mes veines en provoquant une douleur des plus aigües.
Je dois m'installer sur le dos, ce qui m'a déjà fait vomir trois fois. Je ne supporte pas, je vais tomber dans les pommes, je n'ai plus de souffle et je n'ai pas encore commencé le vrai boulot. J'ai peur, je cherche Champi, je n'ai pas besoin de parler, il vient à mes côtés, me demande s'il peut filmer. J'ai tellement peur qu'il ne soit pas à côté de moi que je dis que non. On sort les étriers. J'ai ma jambe gauche paralysée à cause de la péri. je ne peux pas la bouger. On me la porte jusqu'à l'étrier. Je suis en position, je vais vomir, je me redresse, je ne peux pas. Je me reprends, je me recouche et me décolle légèrement du lit en tirant sur les poignées qui vont m'aider à pousser.
On attend une contraction. J'ai mal. On me demande de pousser, je pousse mais j'ai l'impression que je vais me déchirer. C'est horrible d'être obligée de s'auto torturer. Puis je pense à ma fille, elle n'est pas loin, j'ai tout mon temps car son coeur bat, ma tension est pas trop mal.
On me passe une sonde pour me vider la vessie. Ca fait très mal. Trop. Le tuyau me paraît énorme.
Autre contraction, on y retourne, je pousse cette fois plus fort, on me dit que c'est bien, mais que je dois pousser 3 fois sur une contraction. J'arrive à peine à pousser une fois tellement j'ai mal. J'ai l'impression de devoir faire sortir une boule de bowling. C'est horrible. Je me dis que je ne pourrai plus jamais faire l'amour, que je vais avoir une plaie à vie. Je ne suis pas au bout de mes surprises. Autre contraction. Je repousse. Une fois, Deux fois... stop, je ne peux plus, j'en suis arrivée à une phase ou la tête est avancée et ne peut plus reculer. Elle est bloquée en plein milieu en m'arrachant la chair. Je tourne de l'oeil. J'ai mal. Je vais m'évanouir de douleur. Je demande à toucher. La tête est là. Elle a des cheveux cette fois j'en suis sûre. Aura-t-elle les cheveux de son père ou les miens ? Pour le savoir je pousse. Encore et encore. Les sages femmes me disent qu'elle vont me faire une anesthésie locale. Puis je sens un truc froid et je sais ce que c'est. Quand je m'en rend compte c'est trop tard. Je hurle, intérieurement car je n'ai même plus la force d'émettre un seul son. Le coup de ciseaux tant redouté. Je ne veux plus être là. Je ne peux plus. Je pousse pourtant, me disant que maintenant ça va passer, ya pas de doute. Je sens la tête passer peu de temps après, on me dit d'arrêter de pousser, les épaules sont là, je crois qu'elle est menue. On me demande de l'attraper, ce que je fais dans un dernier effort.
Il est 10h47. Amalia est pondue.
Je sens que je saigne. Ou alors c'est le liquide ? Je demande, on me dis que je saigne un peu. J'ai alors ma fille dans les bras. Je me sens envahie d'une vague immense d'amour, je l'embrasse, je pleure. Champi est là, il filme ce moment. On est heureux. Elle est belle, je ne vois que ses yeux plongés dans les miens. Ce regard intense qui en dit long. Je l'aime déjà. Pendant que je l'ai dans mes bras, on me fait une révision utérine, ce qui n'a rien d'agréable. Rien. Ca fait même très mal mais je me plonge dans le regard de ce petit être à qui je viens de donner la vie. Et la douleur se fait moins forte. Je vois qu'on s'affole à l'autre bout du lit.
On me prend ma petite pour lui faire les premiers soins. Champi suit. Je me sens alors seule avec ma douleur. Je ne peux pas voir ma fille, mon homme ne me regarde plus. J'ai pourtant besoin d'eux, je souffre encore.
On m'appuie sur le ventre, on me sort le placenta qui ne veut pas se décrocher. Je demande ce qui me coule entre les jambes, on ne me répond pas. Pourtant je vois dans leurs regards que ça n'a rien de bon. Elles appellent un autre docteur. Quand elle arrive, en courant, l'une des sages femmes dit que c'est bon, qu'elle y est arrivé. Apparemment le placenta ne voulait vraiment pas venir. Je saigne toujours. La pièce tourne. J'ai des papillons devant les yeux. Je dois tenir bon, je ne veux pas être séparée d'eux. On me met une perf, car je fais une hémorragie. Tout rentre dans l'ordre. Vient alors un long moment de douleurs aussi fortes que pendant la poussée. 30 minutes pour me recoudre, je ne sais combien de points, c'est beaucoup, c'est trop. je ne pourrai plus jamais rien faire, je ne pourrai plus aller à la selle, uriner, faire l'amour, me raser. j'ai perdu mon intimité la plus profonde, celle qui me fait un mal de chien, je pleure. Qu'on en finisse, je n'en peux plus.
Dernier acte barbare, mais nécessaire : on me fait un toucher rectal, pour voir si les points n'ont pas transpercé. Je me dis que tout est fini, que je n'ai plus de vagin ni d'anus.
Une fois terminé, On me ramène ma fille. Puis on m'amène dans ma chambre. J'ai encore mal, mal d'avoir été déchirée, torturée. Ma chérie cherche le sein, c'est incroyable à voir. Pourtant on la fait attendre deux heures avant de m'autoriser à lui donner le sein à cause des médocs pour l'hémorragie.
Je me sens groggy, mais heureuse. Mon père va bientôt arriver. Déjà. Je me dis que c'est mon dernier enfant. Enfant tellement calme sereine, pour l'instant. Je l'aime tellement. Elle a de beaux cheveux. Très clairs. Des reflets roux. Elle est belle. Elle est si éveillée. Tant mieux.
De mon côté la péridurale ne fait plus effet, ni aucun autre anesthésiant. les douleurs reviennent donc. Quelqu'un vient nous dire que mon père est là. Champi dit qu'il va l'accueillir et amener mes affaires dans ma vraie chambre. Il demande s'il peut prendre la petite. On lui dit que non. Mon amour reste avec moi. J'ai l'impression qu'il ne comprend pas qu'on a besoin encore l'une de l'autre, j'ai l'impression que pour lui l'accouchement est fini alors qu'il va mettre des mois, des années à se finir tellement j'ai souffert, et tellement on est attachées l'une à l'autre. Je comprends qu'il soit fier et veuille la montrer à mon père, l'avoir dans les bras. Il l'aime déjà. Mais et moi ? moi je souffre encore, j'ai encore besoin de lui. pourtant il part et me laisse seule avec mon repas que je n'arrive pas à prendre. J'ai mal et je suis couchée, un plateau quasi au dessus de la tête. C'est du riz. j'ai faim mais prendre du riz sur une fourchette et l'amener à sa bouche si lointaine en étant à l'horizontale, c'est impossible. je ne ferai pas cet effort. Je laisse tomber.
On m'amène dans la chambre, je me sens perdue. Mais j'ai ma fille, c'est tout ce qui compte. Les femmes qui me font rouler (j'ai un lit avec roulettes) se cognent dans tous les murs, j'ai l'impression que les points vont sauter à chaque fois.
J'arrive dans la chambre. Il est 14h00.
par Armelle
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